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My monkey is a french gallery and a small coworking space. It is a good place to see good contemporary art & design.
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Bitterkomix

Anton Kannemeyer, Conrad Botes
9 juin–14 juillet 2010<

Drawing


En cette fin de saison, mymonkey s’associe au festival Ti-Piment et met à l’honneur la revue la plus incisive et provocatrice d’Afrique du Sud: Bitterkomix publiée en France par l’association.

En 1992, un collectif d’artistes sud-africains, composé notamment de Joe Dog, Konradski et de Lorcan White, fondent Bitterkomix, une revue de bande-dessinée transgressive, subversive, outrancière et politique. Depuis 17 ans, ils explorent la psyché de la population blanche d’un pays en pleine redéfinition depuis la fin de l’apartheid, partagée entre la culpabilité et la tentative thérapeutique de saisir le sens d’une histoire récente et chaotique.

Leur démarche «trash», ultra subversive aura comme écho dans la société sud-africaine l’opprobre et la censure. Mais la revue devient rapidement culte et s’exporte mondialement, ainsi que les œuvres plastiques des deux fondateurs, que les galeries contemporaines plébiscitent.

L’avènement de Bitterkomix est en soit un événement historique puisqu’on peut la considérer comme la première publication underground de ce genre en Afrique. Nourrie d’influences occidentales, elle est semblable, de part sa nature, à sa population: le produit d’un métissage, celui des cultures américaines et européennes. Alors que la forme lorgne du côté des comics us, dont la lecture de Robert Crumb et de Charles Burns a marqué les auteurs, son fond est teinté de la tentative de détachement des anciens aprioris culturels européens sur l’Afrique et les Africains, le plus souvent incarnés par le Tintin d’Hergé au Congo.

Les planches explorent les relations blancs/noirs au travers des thèmes de la violence, du sexe et de l’humour. L’énergie n’est pas sans rappeler celle des débuts de ses homologues Metal Hurlant ou Raw. Considérées sous nos lattitudes, à notre époque, provocation et outrance paraissent vaines tant le cynisme nous a gagné dans nos discours et notre culture. Sur les pages de Bitterkomix, elles frappent de part leur pertinence et leur évidence. La subversion est nécessaire, vitale, sous les plumes et les stylos des auteurs sud-africains blancs, afrikaners, frappés par le déchirement de leur pays et des leurs, tous victimes et héritiers d’une Histoire récente qui a levé vers eux les doigts accusateurs de tous les pays occidentaux, leurs lointains cousins.

Au delà de l’introspection, ces bandes dessinées parlent des mythes fondateurs des enfants des colons européens. Ces hommes, convaincus d’être un peuple élu, ont, par la violence et aveuglés par leur conception réductrice de l’autre, voulu figer à jamais un modèle de civilisation construit sur l’exclusion et la notion de race. A cette analyse historique, répondent les récits autobiographiques et impudiques des auteurs, qui se livrent au lecteur via l’exposition crue de leurs failles, leurs doutes, leurs rages, et autres fantaisies hallucinées. Les auteurs de Bitterkomix sont les fils de cette génération construite dans la violence, et se sont fait les chroniqueurs d’une civilisation encore groggye, tentant de comprendre son passé pour pouvoir un jour rêver son avenir. Ils raillent, insultent, piétinent avec jubilation et violence une culture bourgeoise blanche qui peine à se remettre en question, la leur, celle de leur parents, « forcément » coupables…

Pour citer l’un de leurs travaux, on se souviendra que dans des temps encore récents la seule égalité absurde que pouvaient trouver noirs et blancs se trouvaient dans la mort. Après le passage du temps sur leurs dépouilles, les hommes ne se présentaient plus que sous la forme du même blanc immaculé, celui de leurs os. Ils devenaient alors tous égaux au fond de la fosse commune.

Devant une revue une telle force, quand l’Association, le célèbre éditeur de bd alternatives française découvre Bitterkomiks, le choc est tel qu’il décide de s’atteler à une traduction française de la revue. Il faudra 10 ans pour que cette anthologie voit le jour en 2009.